• Lorraine Grunen-well

Image d'Epinal

« C’est une image d’Epinal » ? Ce serait alors une image évidente, naïve, traditionnelle, sans sens critique, un cliché… Mais le sens n’est-il pas plus complexe que qui est donné à voir ?

Jean-Charles Pellerin (1756 – 1836), marchand de cartes à jouer et de feuilles de jeux, se reconvertit en 1809. Troyes avait lancé les bulletins pour le plus grand nombre. L’Est est riche en campagnes, en bois (et papier).

Il pressent les « demandes » et s’adapte à ce qui « marche ». Imagier-imprimeur-éditeur, il utilise les techniques du bois gravé pour le dessin, et du coloriage au pochoir, en les associant à la fameuse presse de Gutenberg. L’image d’Epinal est imprimée en séries. Les couleurs vives animent le propos. Chacune est placée par un habile coup de main. L’imagerie emploie des graveurs (François Georgin), des dessinateurs, des enlumineurs, puis des caricaturistes (Pinot, Rabier, Caran d'Ache....).

Les images relatent des histoires religieuses, Napoléoniennes, des contes (magnifiques Cadet Roussel ou Petit Chaperon Rouge), les premiers almanachs aux conseils pratiques etc. Dans les campagnes, les biens culturels sont vendus au même titre que la mercerie. Le colporteur aux épaules larges, porte le fardeau, de village en villages, de ces savoirs. Figure patentée, on l’attend. La culture orale étaye toujours la région donnée.

Les Images d’Epinal connaissent leur point d’orgue au XIXème siècle et contribuent à transmettre un savoir populaire dans toute la France. L’amusement cherche alors l’image derrière l’image, guidé par un indice sur les « devinettes ». Elles font souvent figures de « bon point », pour les enfants sages. Les caricatures montrent différentes formes d’ironies, face aux normes ou aux personnages établis.

Les héritiers s’adaptent à des sujets plus légers et font les premières « réclames ». Ils passent à la lithographie et aux machines à colorier. L’industrie des images s’exporte dans le Monde entier. Avec La photographie, la presse, la radio, le cinéma, puis la télévision, l’entreprise périclite. Elle tient encore un peu par la publicité et la bande dessinée (Fred, Tardi, Veyron, Margerin), puis par les 51 actionnaires locaux qui la feront vivre pendant 30 ans.

De nos jours L’imagerie Pellerin fonctionne encore, reprise depuis quelques années, par un entrepreneur étranger à l’héritage familial et local. Elle se situe près du port, dans un cadre privilégié et est facilement accessible. Un label garantit la qualité de gravure, d’impression et de coloriage. On peut encore voir les techniques traditionnelles des arts graphiques. Les archives et les outils (2 machines aquatypes à 9 couleurs, derniers exemplaires au monde) et matériaux anciens (dorures et enluminures) sont conservés précieusement. Ils sont le patrimoine historique et fondateur de la tradition.

Peut-être pourrait-on faire un lien, à l’avenir, au mois de mai, avec le Salons des Imaginales ? Ce serait un beau clin d’œil à l’imaginaire collectif !

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