• Lorraine Grunen-well

ESSAIS SUR LES JARDINS

La civilisation s’inscrit dans la nature par le biais des jardins depuis la nuit des temps. Experts, artistes et érudits l’expriment en donnant leurs éclairages sur leurs caractéristiques et leurs fonctions. Par définition, le jardin est un espace clos, voulu et géré par l’homme, pour son plaisir ou son besoin. Les techniques inventées par l’humain imposent à la nature une fécondité. Mais en premier, les conquêtes de ce savoir, sont offertes aux Dieux, puis aux puissants. C’est par la sédentarisation, le développement de l’activité agraire, des formes utilitaires de l’artisanat, que le concept se développe. On délimite l’espace, on transforme paysage et topographie pour permettre aux hommes de se rassembler. Il a une dimension individuelle ou collective, il est de nature utilitaire ou récréative. Son art est une conciliation entre : - la discipline formelle, il est soigné, net, stable, minérale, géométrique, méthodique, plus artificiel « à la française ». L’espace y est un des éléments de construction, tout comme l’impact du monumental. - la matière libre, brute, spontanée, avec peu de contrôle « à l’anglaise ». On retrouve le cartésien, le contrôle et le possible inattendu du lâcher-prise.… Le jardin est tout d’abord un espace sacré, un lieu de fête gratuit et limité. Puis le paradis est perdu et reste un souvenir idéal, valeur refuge des temps de vicissitudes et de souffrances. De cette frustration constante, nait la tension créatrice des arts qui s’en inspirent. Il y a des correspondances historiques avec les histoires des styles. L’Orient influence au XIVème siècle. La Renaissance dresse des paysages artificiels entre architecture et nature quant aux formes et aux propositions. Ensuite il devient un lieu de prestige Le luxe est de faire croitre des ornements inutiles. Versailles érigé pour plaire, aux mornes statues se vante en vers… Mais les exigences esthétiques ne sont gaspillage : l’homme a besoin du beau. Il est une représentation du monde en ordre, répond aussi aux lois naturelles. Il est en adéquation avec le milieu écologique et avec les exigences brutes des sociétés humaines. Elles le construisent, transforment selon les époques la tradition. La revisite est dans la modernité du moment d’une pensée esthétique, d’une expression artistique, de la mentalité d’une communauté. L’équilibre social s’y projette. On y trouve les idéaux éthiques et esthétiques des pays. Il est, bien entendu, utile aux nourritures des hommes. La mission sociale du paysagiste est pédagogique : faire comprendre, faire aimer ce que représente la nature. Le jardin illustre donc la pensée qui structure une époque. Il est rassurant de constater l’émergence des jardins partagés, des modes associatifs et coopératifs. Le retour à la sagesse des anciens et du respect de la terre par le travail bien fait, essaiment en de multiples endroits. L’intelligence renait : celle du geste utile car issu d’une réflexion après observation, de la responsabilité des choix assumés. Elle est le partage. Chaque production de qualité ne sera gaspillée : elle honore le jardinier et ceux qui seront touchés par l’énergie dégagée. Peu, mais mieux, d’autres nourritures aussi se rassasier. illustration de Chantal Houël





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oeuvres de l'esprit et histoires de vies par Lorraine Grunen-Well